On nous a vendu l’indépendance comme la plus haute réussite :
- Tout faire seule.
- Tout porter seule.
- Ne rien devoir à personne.
À force, on a fini par confondre la force avec l’isolement.
Je vais vous raconter autre chose.
1.L’écosystème du quotidien
Avec des amies, nous avons construit notre village.
Nous sommes voisines, nos enfants grandissent ensemble et, avec le temps, nos vies se sont naturellement organisées les unes autour des autres.
On fait les courses ensemble. On partage le quotidien.
Quand l’une a besoin de souffler, les autres prennent les enfants. Quand l’une est à terre, les autres tiennent un peu plus.
On ne compte pas chaque geste, parce que ce n’est pas une transaction. C’est un écosystème. Et quand l’une donne davantage à un moment, une autre revient plus tard avec autre chose : une épaule, une présence, du temps, un contact, un repas, un service.
2.À quel moment a-t-on cru que les adultes n’avaient plus besoin de village ?
On connaît presque toutes ce proverbe : « Il faut tout un village pour élever un enfant. »
Plus j’y pense, plus je trouve cette phrase immense.
Un enfant n’est jamais élevé uniquement sous son toit. Il y a celles et ceux qui lui apprennent, qui le protègent, qui le corrigent, qui lui ouvrent une porte, qui lui offrent un autre regard sur le monde, qui prennent le relais quand ses parents n’en peuvent plus. Tout un village participe à la personne qu’il devient.
Mais à quel moment avons-nous décidé qu’en devenant adultes, nous n’avions plus besoin du village ?
Comme si, à 18 ans, nous étions soudainement terminées.
Comme si nous n’avions plus besoin d’être accompagnées, soutenues, conseillées, challengées, consolées, nourries, entourées. Comme si nous avions fini de grandir.
Je ne crois pas que le village cesse de nous élever : son rôle évolue.
À 25 ans, 40 ans ou 60 ans, nous sommes encore en train de devenir. Nous apprenons encore. Nous tombons encore. Nous traversons des deuils, des séparations, des naissances, des reconversions, des réussites, des échecs, des moments où tout semble possible et d’autres où nous avons simplement besoin que quelqu’un nous aide à tenir.
Alors pourquoi faudrait-il tout traverser seule ?
Notre époque a individualisé des charges qui étaient autrefois absorbées par le collectif : les enfants, les repas, les aînés, les coups durs, les savoirs, les opportunités, les ressources, la présence. Aujourd’hui, nous essayons de tout porter individuellement. Et nous appelons parfois cela l’indépendance.
3.Ni subir, ni s’isoler : inventer le village choisi
Je ne veux pas idéaliser le passé.
Les communautés peuvent étouffer, juger, imposer leurs règles et leurs attentes. Les femmes savent particulièrement ce que cela peut coûter de devoir se conformer au collectif.
Il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais d’inventer autre chose : un village choisi.
Un village ne se subit pas, il se construit.
On a le droit d’être exigeante sur les personnes à qui l’on donne accès à sa vie, son énergie, ses enfants, ses rêves et ses vulnérabilités. Tout le monde mérite de trouver sa place quelque part, mais tout le monde n’a pas nécessairement sa place dans la nôtre.
Faire communauté ne veut pas dire renoncer à soi. C’est tout le contraire.
Ce qui circule dans un village dépasse largement l’argent :
- C’est celle qui a du temps aujourd’hui,
- Celle qui connaît quelqu’un,
- Celle qui sait faire ce que vous ignorez,
- Celle qui garde les enfants ou prépare un repas,
- Celle qui écoute,
- Celle qui dit la vérité quand on n’a pas envie de l’entendre,
- Celle qui ouvre une porte.
Celle qui a la capacité de porter un peu plus aujourd’hui, parce que demain, ce sera peut-être elle qui aura besoin de relais. C’est une véritable économie de ressources, de présence, de savoirs et de soin.
4.La rencontre avec soi : la genèse d’Ev’Elles
C’est exactement une partie de ce que j’explore avec Ev’Elles.
Ev’Elles part d’une question fondamentale :
Comment devenir la meilleure version d’une femme que l’on n’a peut-être jamais vraiment rencontrée ?
Avant de parler de développement personnel, d’empowerment ou de « meilleure version de soi », encore faut-il savoir qui est ce « soi » que l’on cherche à développer.
Pas seulement la mère, l’épouse ou l’ex-épouse, la fille, la sœur, la professionnelle, l’entrepreneure, la femme forte, celle que les autres connaissent.
Vous.
- Qui êtes-vous quand on retire, un instant, tous les rôles par lesquels vous avez appris à vous définir ?
- Qu’est-ce que vous voulez ?
- Qu’est-ce qui vous rend heureuse ?
- Qu’est-ce qui vous appartient vraiment, et qu’est-ce qui vous a été transmis, projeté ou imposé ?
Ev’Elles, c’est d’abord cette rencontre : se présenter à soi-même.
5.Se trouver seule, mais grandir ensemble
Et ensuite, construire :
- Une vie qui nous ressemble,
- Explorer ce que nous désirons vraiment,
- Repenser notre rapport au temps, à l’argent, à l’énergie, à l’attention, à nos relations,
- Questionner ce que nous avons appris sur le fait d’être femme,
- Grandir spirituellement, rêver, essayer, changer d’avis, créer.
Et trouver les personnes avec lesquelles partager une partie du chemin.
Et vous : vous l’avez trouvé, votre village, ou êtes-vous encore en train de le bâtir ?